jeudi 10 août 2017

En Marche


Voilà,
en fait je suis quelqu'un de très simple. La coïncidence de deux marcheurs possédant chacun un bagage, l'un dans le paysage fictif d'un tableau, l'autre dans l'espace réel d'un musée, qui se croisent dans des univers parallèles et donnent l'illusion d'aller en quelque sorte à la rencontre l'un de l'autre, et de se manquer, suffit à éclairer une journée, à lui donner un sens, une valeur singulière. C'était avant-hier, le mardi 8 août, à l'exposition réunissant des œuvres de Derain, Balthus et Giacometti. 
Le soir avec S. nous avons regardé ce remarquable documentaire sur Picasso, intitulé, "13 journées dans la vie de Picasso". Picasso, demeure pour moi, l'incontestable génie de la peinture occidentale, parce qu'il ne s'est pas contenté du don qu'il possédait, mais qu'il l'a exploité sans relâche pour sans cesse renouveler les formes, épuiser la représentation. Il me touche aussi par de menus détails, certains énigmatiques, comme cet attachement définitif pour l'œuvre du douanier Rousseau dont il acheta en 1908 des toiles qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie. Il y a décelé quelque chose que nul autre auparavant n'a su percevoir. Cette fidélité illustre, active même avant qu'elle ne soit prononcée, la formule de Marcel Duchamp "ce sont les regardeurs qui font le tableau". Picasso a aimé Rousseau et les autres l'ont suivi. Evidemment c'est bien étrange de parler de tout ça quand deux malades mentaux aux tronches de lugubres clowns, et détenteurs de pouvoir de destruction colossaux s'invectivent et menacent d'utiliser leurs armes atomiques.

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