samedi 5 août 2017

C'est toujours autre chose qu'on voit


Voilà,
ça pourrait en effet fonctionner ainsi à l'infini : des images redistribuées sur un mode aléatoire, combinées et recombinées s'agrègent en agencements fortuits. Il n'y a bien sûr aucun sens précis à tout cela, aucune signification dans ces recompositions, si ce n'est celui qu'on veut bien lui prêter parce que, n'est-ce-pas, on aimerait tant que les choses et les événements signifient, cela serait tellement plus rassurant. Mais de sens il n'y en a pas. Il n'y a que du chaos. Au mieux du contingent. C'est comme pour le rêve. La nuit le cerveau vidange les déchets du jour et produit des formes insolites à la manière de ces sculptures étranges et fascinantes que les stalactites ont, au cours des siècles, générées dans des grottes. Là on devine un visage une silhouette, un animal ou un groupe de personnages. Mais qui oserait sérieusement convenir que cela procède d'une volonté cachée ? Que la nature a eu le projet de fabriquer et sculpter ces monumentales apparitions ? Il en va de même pour les songes : depuis l'aube de l'humanité on leur prête  des vertus divinatoires que la psychanalyse a réactualisées. J'ai, pour ma part, souvent tendance à penser que nous ne sommes que des formes, des épiphénomènes en interaction avec d'autres formes qui nous traversent et que nous traversons. Je les accueille. Je ne les produis pas, je les perçois je les découvre, les dévoile. Elles sont là tapies dans le champ des possibles, et c'est toujours le même processus : agrégations, condensation, frottements, usure, saturation, réitération, duplication, réplications sédimentation distorsion, brouillages. Je ne fais que reproduire des processus qui existent dans la nature. Ce qui me séduit c'est le caractère organique  qui germine  dans ces images, comme s'il y avait du muscle du nerf du tissu. Mais encore une fois ce ne sont que des informations retraitées à l'aide d'une machine.
L'humain est la seule espèce vivante qui a besoin d'images. L'Amérique du Nord, pays fondé par d'austères colons protestants hostiles aux images les a vénérées, et leur voue encore de nos jours un culte effréné, et même les musulmans qui ne veulent pas que l'on représente leur prophète s'en abreuvent. Je m'interroge souvent sur ce besoin de transformer ou de reproduire ce qui existe déjà. L'espèce humaine est aussi la seule qui pense ou qui a longtemps pensé que des esprits hantent la nature. Il est possible qu'après tout une part importante de l'humanité ait aujourd'hui cessé d'y croire puisqu'elle s'acharne à détruire avec une allégresse suicidaire son environnement, cependant qu'elle fabrique des machines pour accroître àlson intelligence et manifester ainsi sa démoniaque volonté de puissance qui lui sera fatale. J'appartiens à une espèce prédatrice qui a programmé son extinction en saccageant la planète qui l'a vue naître, la transformant en enfer parce que depuis toujours elle rêve d'un dieu qui l'accueillerait dans un hypothétique paradis. Comme je ne crois pas ã ces conneries, pour ne pas désespérer, pour trouver quelque plaisir quelque satisfaction intellectuelle, parce que  – j'en ai déjà parlé –  ces étonnements, ces révélations, ces épiphanies me sont nécessaires, je fais venir les images. Je voyage peu désormais, et compenser par l'imagination ce que je ne trouve pas dans la réalité, me permet de me sentir vivant. Évidemment, j'aimerais ne pas avoir à me poser toutes ces questions, que ces pensées ne me viennent pas à l'esprit. Je préfèrerais vivre comme un de ces chats adespotes sur une île grecque, ne pas avoir besoin de simulacre, me satisfaire de peu, de l'éphémère, du passager me contenter de la forme et de l'odeur de ce qui est là, et jouir de mes rêves. Peut-être ai-je besoin de cela pour me sentir, sinon libre, du moins en mouvement, dans la transformation.

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