samedi 31 mars 2012

Gloups !


Voilà
il ouvre la lettres de remerciements. Et c'est alors qu'il réalise qu'il a complètement oublié la sœur aînée. A aucun moment il n'a pensé à elle. Il ne lui a pas écrit ni téléphoné pour la circonstance. Elle avait disparu de son paysage mental et il ne s'en aperçoit que maintenant. Elle s'est effacée donc. Pourquoi quand comment ? C'est étrange, inexplicable. Pourtant les souvenirs ressurgissent. Elle a 19 ans, lui 17 elle est contre la porte d'entrée verte, vêtue d'un pull jaune, d'un jean bleu. Une conversation alors qu'il s'apprête à quitter l'appartement. Ce-jour là il pense elle est bien gaulée quand même la grande sœur elle doit avoir de bien beaux seins sous son pull. Et puis le soir aussi où elle a fêté ses vingt ans, chez ses parents. Il a bu de la sangria. La première fois peut-être où il a bu de la sangria servie dans des pastèques. C'est là qu'il a réalisé qu'il n'avait pas mangé de pastèque depuis l'âge de cinq ans. Il venait d'avoir les résultats du bac. Comment a-t-il pu l'oublier ? Que s'est-il passé ? Il sent bien que quelque chose cloche depuis ces derniers mois. Tout à coup il a peur. Plus peur que honte. Le monde, les choses, la réalité extérieure, son environnement, tout cela lui parvient de plus en plus distraitement comme un élément vague aux contours imprécis. Des choses autrefois simples paraissent à présent fabuleusement complexes. Et cette fatigue qui jamais ne le quitte. Lire, même lire devient un effort. Tout comme ouvrir le courrier. Et puis des objets sont là dont il ne comprend plus ni l'utilité ni le fonctionnement. Il lui arrive de nommer une chose par un substantif inadéquat. Il doit réfléchir pour accorder les temps de la conjugaison. L'orthographe devient déficiente. Développer un raisonnement cohérent s'avère de plus en plus laborieux. Il parvient encore à faire bonne figure. Mais pour combien de temps ? L'autre jour, dans la chambre d'amis de cette maison où il avait été accueilli, une fraction de seconde, face à la glace (il est vrai qu'il n'en possède pas chez lui où se voir en pied) il n'a pas reconnu son corps. Il lui a semblé que c'était celui d'un autre. Que ce ne pouvait être lui dans ce corps. Peu à peu Jean-Marie Cournoise se perd de vue, perd les autres de vue. Parfois des pans de réalité disparaissent. Comme sur Google Earth quand des zones sont moins précisément cartographiées. Ce phénomène lui évoque bien quelque chose mais quoi ? L'a-t-il rêvé, lu, quelqu'un lui en a-t-il déjà en parlé, a-t-il entendu ça dans une émission de radio ? La nuit les rêves reproduisent cette confusion. Les visages sur lesquels il est impossible de mettre un nom, les noms sans visage, les paysages familiers et énigmatiques...

vendredi 30 mars 2012

Un certain fauteuil


Voilà
dans le couloir, au premier étage d'un hôtel de province, ce fauteuil. Je me demande vraiment qui, à cet emplacement peut avoir l'idée de s'y asseoir. Il est là sans doute juste pour la décoration, à cause de ses rayures qui font la joie du daltonien. C'est le genre de truc quand même qu'il ne faut pas regarder en ayant fumé un pétard ou bien sous acide. Même pour qui a juste bu un petit verre de Clancy, ce fauteuil a déjà quelque chose de toxique. C'est comme ça dans la plupart des hôtels, il y a toujours des objets qu'il ne faut pas fixer trop longtemps, qui peuvent vous déporter dans une autre dimension, ce qui n'a pas manqué de se produire. Une fois rentré dans la chambre, j'ai allumé la télévision, zappant de chaîne en chaîne avec la télécommande. Je me suis attardé sur un programme de talk-show où un homme racontait comment, pris d'un accès de violence au cours de la phase dite "clastique" de sa cure, il avait jeté contre les murs les chaises et un fauteuil qui se trouvaient dans le cabinet de son analyste. Le téléphone s'est alors mis à sonner. Décrochant le récepteur j'ai répondu en grommelant une suite de borborygmes incompréhensibles sans même me préoccuper de savoir qui était au bout du fil. Puis j'ai aussitôt débranché le récepteur, et la télévision s'est alors éteinte au même instant. C'était sans issue. Deux comprimés ont suffi. J'ai aussitôt sombré dans un sommeil lourd et sans rêve.

mercredi 28 mars 2012

Impossible rencontre

Jardin des tuileries Paris

Voilà,
le chagrin reste à la pierre. Et si une âme paraît enfermée dans cette forme - parfaite imitation de la nature - rien ne l'en arrachera, pas même cette illusion de mouvement que rend plus cruelle encore tout ce qui vient à sa rencontre.

mardi 27 mars 2012

Un tout petit vertige



Voilà
de plus en plus souvent, dans le sommeil ou même au cœur d'un léger assoupissement - moins un somme d'ailleurs qu'une brève et surprenante perte de conscience - il revient cet inexplicable petit vertige. Vertige de se réveiller encore, comme de sombrer plus profond et à jamais. Juste un sursaut qui vous happe sur la crête d'un instant à moins que cela ne soit dans sa brèche. Cela pourrait n'être finalement que cela, ce moment si redouté. Aussi simple qu'un étourdissement serti dans un songe, rien de plus qu'une soudaine absence à soi même, une discrète et salutaire esquive, un congé pris à l'improviste.  

jeudi 22 mars 2012

Downtown black dog



Voilà
New York, Février 88
"felt a very strong urge to write / tell you this (my feelinks). I truly hope it's not freaking you out! for some reason I really need to be honest or whatever Frank you mean a lot to me just knowing you out there floating around  - BENSONHURST! - oh  no! I will always cherish the past few days with you - just holding you - God I couldn't get close enough. Holding you, kissing you, wizzing upon you was like "oh my god" (valley girl accent to be applied to quote). I'm semi blotto on Pepto Bismol so maybe that's having some kind of an effect, or maybe because - Fuck I don't know what I'm trying to say". C'était écrit à la main sur un papier trouvé par terre à Prince Street, abandonné à Prince St, une lettre égarée ou jetée, comme je l’étais moi... Ce matin là, nous nous sommes longuement regardés avec ce chien noir. Je le photographiais, et lui qui semblait n’avoir d’autre compagnon que ce vélo, ne bougeait pas. Peut-être le surveillait-il. Tant de choses étranges arrivent à New-York. Plus tard je me suis demandé s’il savait comme moi que jamais plus nos routes ne se croiseraient    

mercredi 21 mars 2012

Dead horse on fifth Avenue



Voilà
"Photographs not taken", est un recueil de textes rédigés par des photographes à propos d'images qu'ils n'ont pas prises soit par empêchement, soit pour des raisons éthiques qui relevaient de leur propre jugement et de leur décision, ou bien encore à cause d'impondérables non révélés. Cette idée de Will Steacy est excellente et m'incite à mettre en ligne ce texte écrit il y a quelques années pour atténuer le regret de ne pas avoir, un certain jour d'un lointain mois de février, emporté mon appareil avec moi.
"En même temps que la nuit, une pluie fine tombe sur Manhattan. Cette longue conversation téléphonique que je viens d'avoir avec A. ne laisse rien augurer de bon sur ses intentions. Plus que jamais elle semble déterminée. Incapable cependant de ranger notre histoire au magasin des souvenirs, ivre encore d'un espoir que je sens tout de même de plus en plus insensé, je songe à elle en remontant la cinquième avenue. Bien plus qu'un océan nous sépare désormais. Croisant sur le trottoir mouillé des gens pressés, vingt dollars en poche mon compte à sec, je vais à la rencontre d'une inconnue au nom russe, un des plus prestigieux que la littérature mondiale ait donné. Une inconnue, une splendide inconnue, mais cela je ne le sais pas encore. Nous nous sommes juste parlés au téléphone. Hâtant le pas pour arriver à l'heure à ce rendez-vous, je prête une attention distraite et vaguement contrariée aux embouteillages et au traffic perturbé. Combien de gens marchent à l'instant dans cette ville avec un chagrin d'amour ? Egaré dans une rêverie où des moments plus ou moins heureux de ma vie passée s'agrègent confusément à d'autres, remettant en perspective ma déchéance présente, je ne saisis pas immédiatement la raison pour laquelle des badauds se tiennent là immobiles, assemblés à un carrefour que je m'apprête à traverser. Je le vois alors, énorme, gisant sur le bitume. Sa lourde masse affaisée sur le flanc droit. Sa robe marron qui luit sur la chaussée. Un cheval, c'est un cheval pattes tendues et raides, à l'agonie sur la cinquième avenue. Sans doute a-t-il été heurté puis renversé par un véhicule. Comme l'écho d'un ancien galop un tressaillement semble parfois parcourir la bête au bord de l'étouffement. Pareils à des boules de billards les deux gros globes mous de ses yeux tournés vers le ciel semblent implorer le cavalier de la police montée agenouillé à ses côtés. Il lui caresse l'encolure et soutient sa lourde tête agitée de spasmes dont les naseaux écument de bave. Une vie s'échappe. Nuages de vapeur flottant sur l'asphalte. Ces gens tout autour sidérés et hagards, immobiles comme pétrifiés. Ce nœud de chagrin comme une tumeur dans ma gorge. Et la pluie encore, mêlée aux larmes qui dégoulinent sur mon visage" (1988).
Finalement c'est à un chien que je m'en suis remis quelques jours après. Le jour de la lettre trouvée. Le chien près de la bicyclette.

mardi 20 mars 2012

Le forsythia est en fleurs (2)


Voilà,
c'est peut-être le signe que le printemps a vraiment commencé. Il fait beau aujourd'hui. Pourtant c'est un triste jour pour ce pays. Bien triste. Les fleurs elles, ignorent la folie ne connaissent pas le mal. Est ce pour cela que les hommes les déposent en gerbes, en bouquets pour accompagner les morts et honorer leur mémoire ? 

.
... toute cette laideur, toute cette laideur en l'homme....

lundi 19 mars 2012

No more Pee-Wee



Voilà
depuis ce soir là, elle était alors âgée de dix ans, elle ne supportait vraiment plus de voir une image de Pee-Wee ni même d'entendre prononcer ce nom qui lui évoquait les circonstances de sa première nuit blanche. En l'imitant pour la distraire un soir dans la salle de bains à l'heure du brossage des dents, son père s'était soudainement écroulé, victime d'un AVC. Durant son transfert à l'hôpital la vie l'avait brusquement quitté. Bien des années après, elle n'arrivait toujours pas à admettre que cet homme qu'elle avait tant aimé et trop peu connu ait pu disparaître en d'aussi ridicules circonstances. Mais ce qui la faisait encore le plus souffrir, c'était cette honte secrète mêlée de reproche qui gâchait le doux souvenir qu'elle s'efforçait d'en garder. Voilà pourquoi dans ce métro, soudain prise de panique, Aurélie Gramon s'était précipitamment levée de son siège. Elle voulait s'extraire au plus vite du wagon, échapper à la conversation aux stupides grimaces et aux ricanements idiots de ces deux adolescents prépubères assis en face d'elle qui se remémoraient les scènes de ce film qu'ils venaient tout juste de voir.



dimanche 18 mars 2012

Une pensée pour Max Aub et quelques souvenirs


Voilà
Max Aub, l'auteur d'un opuscule fort réjouissant et de très mauvais goût "Crimes exemplaires", également connu pour avoir été, en tant que représentant de la délégation espagnole républicaine à Paris, le commanditaire de ce qui deviendra "Guernica", Max Aub donc a été interné sur ordre de l'administration du gouvernement de Vichy à Djelfa, ai-je appris il y a quelques jours sur le net grâce aux hasards et aux détours de la serendipité. Il aurait même mis en vers pour le théâtre un récit de son internement. Djelfa. Comment ne pas songer 50 ans après les accords d'Evian à cette ville où j'ai vécu ainsi qu'aux trois années de guerre dans ce pays qui m'ont en partie constitué. Durant cette période, alors que tout me paraissait potentiellement dangereux j'ai appris à faire semblant et à dissimuler la peur. Je vivais parmi les petits blancs colons et militaires qui pour la plupart d'entre eux méprisaient et humiliaient ce peuple spolié dont ils occupaient la terre, et qui avait décidé d'en finir avec ces vieilles lois d'une société d'apartheid. Et moi j'étais avec ces petits blancs si convaincus de leur supériorité. Comment l'enfant ne pouvait il pas entendre ces mots chargés de haine "bougnoules, bicots, melons" tout en redoutant ceux que l'on désignait ainsi, tellement différents, s'habillant de façon si étrange et parlant une langue incompréhensible et rude à l'oreille. Ceux avec qui je vivais, qui prétendaient m'élever dans leur valeurs - bien des années plus tard j'y ai vu au contraire une forme d'avilissement -  comme ils m'étaient insupportables avec leur arrogance et leur pitoyable certitude. Eux qui se pensaient si supérieurs alors, je les ai vus, gagnés dans un premier temps par la panique, puis exprimant au grand jour la haine lorsqu'ils ont compris que tout était perdu, et enfin cautionnant en paroles (je ne voyais pas leurs actes) la folie meurtrière et le terrible incendie des violences vengeresses qui se sont alors propagés dans la région. Mais les conditions de ma survie étaient liées à leurs décisions et à leur conduite. J'en reparlerai ici ou ailleurs. Djelfa où j'étais ce petit enfant disgracieux maladroit et un peu bigleux  ("Qu'est ce que j'ai fait au ciel pour avoir un fils si empoté" disait la mère qui avait du goût pour l'emphase). Je repense aussi à tout cela parce que j'ai vu cette nuit un excellent documentaire sur Arte+7 concernant cette période algérienne. Détail amusant, j'y ai appris que Just Jaeckin, le premier réalisateur avec lequel j'ai tourné, qui faisait alors partie du contingent a été pris dans la fusillade de la rue d'Isly et s'en est miraculeusement sorti. Je me souviens de ma mère entendant la retransmission radiodiffusée de la manifestation du 26 mars 1962 et s'exclamant "des français tirent sur d'autres français" (qui était un cliché à l'époque). Je me rappelle aussi du poste de radio phillips rouge et blanc avec dessus un pick-up comme on disait alors, ou j'entendais parfois des chansons tristes qui alimentaient la nostalgie de lieux où je n'étais jamais allé, de vies que je n'avais jamais vécues. Souvenirs, souvenirs d'une enfance riche en sensations.
Mes parents et moi logions dans un appartement assez misérable situé à gauche de cette place quand on regarde la carte postale. J'ai retrouvé cette maison en 1983, qui semblait promise à une démolition imminente.





Souvent, près de cette porte d'entrée des sacs étaient entassés, et il n'était pas rare qu'un homme en  burnous et enturbané ne soit en train de dormir à côté. J'ai retrouvé il y a quelques années des vieilles photos où l'on me voit sur ce balcon, dans ma ferrari rouge à pédales. Je souris devant l'objectif. Je ne semble pas si préoccupé que cela.


vendredi 16 mars 2012

Daffodils




J'errais solitaire comme un nuage
Qui flotte au dessus des vallées et des monts
Quand tout-à-coup je vis une nuée,
Une foule de jonquilles dorées ;
À côté du lac, sous les branches,
Battant des ailes et dansant dans la brise.
Drues comme les étoiles qui brillent
Et scintillent sur la Voie lactée,
Elles s’étendaient en une ligne sans fin
Le long du rivage d’une baie :
J’en vis dix mille d’un coup d’œil,
Agitant la tête en une danse enjouée.
Les vagues dansaient à leurs côtés ; mais
Elles surpassaient les vagues étincelantes en allégresse :
Un poète ne pouvait qu’être gai,
En une telle compagnie :
Je les contemplais, les contemplais mais pensais peu
Au présent qu’elles m’apportaient :
Car souvent, quand je m’allonge dans mon lit,
L’esprit rêveur ou pensif,
Elles viennent illuminer ma vie intérieure
Qui est la béatitude de la solitude ;
Et mon cœur alors, s’emplit de plaisir
Et danse avec les jonquilles.
           
                              William Woodworth (1770-1850)

jeudi 15 mars 2012

Comme un air de printemps


Voilà
douceur dans l'air. Comme un petit air de printemps. Nettoyage de la coursive. Ramasser les feuilles mortes pour les boîtes à compost du jardin partagé. Mais aussi déjà la fin de la trêve hivernale. Demander "L'impossible" au kiosque à journaux. Espérer par ailleurs un miracle. Et le monde qui cogne à la porte. Violemment.

mercredi 14 mars 2012

La pénible errance des âmes abandonnées


Voilà
Que sur le chemin qu'emprunte leur vie un faux pas les fasse choir, et sur le pont de l'infranchissable rivière, les uns derrière les autres, les voilà qui se bousculent.
A chacun son karma.
Où sont maintenant les âmes dispersées, les périsprits égarés ? Peut-être cachés le long des buissonnants talus, réfugiés à l'amont des sources, au bas des nuages... Peut-être sur les étendues d'herbes ou dans les bosquets, esseulés, sur ce pont-là, dans cette auberge-ci ; ou bien sous la protection des temples et des pagodes ou tournant en rond entre marché et rivière ou encore errant sans but sur le champ désert, dans des lieux parsemés de tumulus, dans les terrains couverts de bambous et de roseaux.
Automne après automne, mille souffrances les accablent. Le ventre vide, grelottant dans le vent glacial comme la feuille desséchée, ils s'exposent ainsi depuis des siècles. Leur sommeil gémit sous la terre et se nourrit de rosée. Le coq a-t-il chanté qu'il leur faut aussitôt se cacher. Et quand le soleil à disparu, hébétés il tentent d'apparaître, et de se mêler au désordre de la multitude, portant les petits, guidant les vieux. Oh, âmes! si vous êtes sensibles, venez  trouver asile en notre sollicitude. (D'après Nguyen Du).  

lundi 12 mars 2012

Base Latécoère

Biscarrosse (1996)

Voilà
air tiède, pas un souffle de vent. La sensation et le désir de demeurer ainsi, le reste de la vie dans cet état sans mesure, avec ce morceau d'éternité offert là. Paysage d'enfance. Souvenirs de longues et contemplatives rêveries. Rien ne semble avoir changé. Les dériveurs sont toujours des 420. Cette sensation de permanence rassure. Les mêmes émotions qu'alors. Aucun poids. Comme si tout ce qui avait été vécu entre Autrefois et Maintenant se dissipait dans la paisible clarté de ce matin de Septembre. Aujourd'hui encore la pensée, le corps réclament ce rivage, cette nature. Bientôt là-bas, porté par le vent le pollen des genêts jaunira chemins et routes.

jeudi 8 mars 2012

Plis et replis

  


Qui bouscule qui à l'intérieur du crâne ?
Le moustique a-t-il plus de vie intérieure que votre genou ?
Les chiens ou les chats ont-ils de souvenirs épisodiques ?
Se parle-t-on réellement les uns aux autres au téléphone ?
Comment écrire l'inécrivable ?
Suis-je une bille étrange ?
Les enfants sont ils vraiment des gluons ?
Quelle quantité d'intériorité peut on importer d'autrui ?
Quelle façon de voir est réellement la mienne ?
Où suis-je ?
Où un requin-marteau pense-t-il être ?
Ne suis-je personne d'autre ou suis-je tout le monde ?
Y-at-il de petites et grandes âmes ?
                                                (Douglas Hofstader)

mercredi 7 mars 2012

Shades of grey

            

Voila
besoin de regarder, de montrer sans pour autant se satisfaire de ce qui se laisse apercevoir. Songer à toutes ces choses qui échappent. Juste imaginer qu'elles existent. Comme dit Arasse faire s'engloutir la figuration dans l'abstraction et si, comme le suggère un photographe contemporain, il existe un sommeil de la surface, alors traquer dans la matière même de l'image les rêves qui s'y dissimulent.

mardi 6 mars 2012

Spectres


Voilà
paysages résiduaires où pareils à des nappes de brume des souvenirs semblent flotter et des lambeaux de rêves aussi et des énigmes. A cette frontière indécise de la mémoire où les mots ne s'attardent guère même les fantômes portent le deuil. Suspectes les ombres, sournoise la lumière.

lundi 5 mars 2012

Tu peux encore m'embrasser



Voilà
j'ai de plus en plus de mal c'était où c'était quand déjà, New-York, Prague Strasbourg Valladolid? Je me souviens vaguement l'époque un peu moins les lieux. Tout cela commence à se mélanger dans une sorte de bouillie indistincte. Ce n'est pas plus mal après tout... Les rêves je les notais alors, ils étaient mes vrais paysages. Je peux les retrouver facilement. Carnets de voyages dans l'infra-monde. J'aimais déjà les traces les papiers décollés les maisons à moitié démolies les bois flottés et ce qui pourrit ce qui moisit ce qui persiste encore avant de disparaître. Cela suffisait à mon transport. Au fond plus que le déplacement seul compte ce qui en subsiste et comment ça se transforme. Là est vraiment le lieu du ravissement. New-York je crois que c'était New-York et qu'il y faisait une chaleur suffocante...

dimanche 4 mars 2012

Ruminations


Voilà
il se dit qu'il n'en peut plus ça commence à bien faire à quoi bon continuer comme ça la vie trop compliquée trop de sacs plastique trop d'emballages à jeter de codes secrets à retenir trop de mots pour vendre des trucs dont on n'a rien à foutre dire des choses qui toujours plus ou moins prêtent à confusion à malentendu il voudrait que tout cela cesse mourir pourquoi pas se réincarner en courgette en selle de bicyclette en n'importe quoi qui ne pense pas non vraiment c'est sûr il n'est pas un surhomme ça non vraiment pas du tout ça l'épuise ces questions ces doutes ces apartés avec son suicide qui souvent dans le noir lui chuchote trop taaaard bientôt il sera trop taaaard pour l'indulgence et les recours faciles dangereux il sera dangereeux de passer dangereeeux d'être en chemin dangereeeux de rester sur place et de trembler comment c'est déjà son nom ah oui zarathoustra c'est ça il n'y a pas un autre h entre le s et le t putain qu'il est long ce métro qu'est ce qu'il est long il n'arrivera donc jamais ah puis les cheveux qui commencent à faire mal 

vendredi 2 mars 2012

En train


Voilà
le livre ouvert entre les mains, emporté par le mouvement, il délaisse sa lecture. Le front se colle à la vitre. Comme une ventouse, le regard se fixe au paysage qui se métamorphose dans un long travelling. Posées au milieu des champs, des fermes solitaires apparaissent parfois, ou bien des hameaux nichés au creux des vallons. Des gens vivent là, existent là, ont une histoire avec des chagrins passés, des espérances à venir, de petits embarras quotidiens, des joies plus ou moins simples. Ce serait peut être bon d'habiter en de pareils endroits, songe-t-il parfois. Ne plus être dans le train, mais celui qui, dans le paysage, regarde passer les trains. Il imagine donc une vie différente, paisible et tout à fait improbable. Peu à peu, lui, dont le corps demeure immobile se transporte ailleurs ; il devient ce voyageur sédentaire qui tribule à tâtons dans le dédale de sa propre conscience. Dans cet édifice précaire, totalement abstrait, dont il est à la fois le centre de gravité, le visiteur le géomètre et le propriétaire, des éléments disparates et parfois inconciliables de la vie s'agrègent néanmoins les uns aux autres. Les souvenirs, les projets les rêves ébauchés, les virtualités inaccomplies s'entremêlent dans un espace mental où les pensées émergent avec la même immédiateté que la nature et le paysage aperçus à travers la vitre. Il se laisse dériver au gré d'une rêverie vague et désordonnée. S'oublie dans une suite continue d'esquisses de situations ébauchées de possibles entrevus, s'entretient avec des fantômes, retrouve de vieilles connaissances,  se réconcilie  avec certaines si l'objet de la fâcherie lui semble stupide. La vie parait simple alors, uniquement faite de "complicités sans promesses, de rapport de bonne intelligence d'où le mensonge est banni, d'échanges qui grandissent réconfortent et allègent la vie, en même temps qu’ils l’embellissent". Des personnes qui ne se connaissent pas, et dont quelques unes sont inaccessibles, perdues de vue, ou même mortes apparaissent et se croisent. Des conversations entendues affleurent. Il se remémore des êtres des lieux des vies des visages, (Claire D et sa monteuse parlant, à la buvette du studio de montage des brunes aux teint clair, des japonaises et de leur carnation, de maquillage). Une seconde suffit, pour passer d'une plage déserte où il s'est promené vingt ans auparavant, au visage lisse et souriant de la petite fille inconnue qui lui fait face et le regarde dans le compartiment. Et tout semble procéder de la même logique. Celle de la vie triomphante et harmonieuse, imaginative et ouverte à tous ces ailleurs, à toutes ces voies secrètes et cachées qu’il porte en lui. Dans ce faisceau de circonstances, ce qu’il pense a autant de valeur que ce qu’il voit.
De nouveau l'oeil se rive au paysage qui continûment se transforme. Il s’invente une autre vie et des parentés fictives. Il imagine des aïeux possédant une ferme près d'Amplépus par exemple, dont le nom vient de lui apparaître sur un panneau. Et comme il lui semble que dans ces endroits perdus de la campagne la gare est au centre de tout, lui reviennent  tout à coup en mémoire ces voyages en micheline qu’il faisait enfant, avec sa grand-tante, du village à la ville toute proche, pour aller au marché couvert où jamais elle ne manquait de lui offrir des berlingots. Elle lui achetait aussi le journal Spirou, avec ces drôles de petits livres à fabriquer soi même, en encart dans les les pages du milieu. Parfois aussi, lorsqu’ils restaient au village, elle l'emmenait en promenade sur ce qu'elle appelait "le chemin vert" qui longeait la voie ferrée. Assise sur son pliant, elle tricotait, et il jouait seul dans les parages. De temps à autre pour le distraire elle lui montrait comment fabriquer des danseuses avec des coquelicots. Saurait il encore le faire aujourd'hui ? Il se souvient des excursions qu’ils faisaient ensemble. Il compte les étés. D'autres ballades lui reviennent, faites avec d'autres... Les années défilent et tout à coup, c'est sa première amoureuse éclatant de rire dans ce cabanon perdu dans la forêt où il leur arrivait de passer l'après-midi enlacés, c'est encore son visage sur une photo prise lors de leur premier séjour dans cette ville étrangère dans laquelle il retournerait souvent...  Ces années où il était encore jeune et malgré tout plein de foi en son propre avenir. Remonte fugitive à ses papilles, la saveur de ces bières alors partagées avec les compagnons de ce temps. Les uns se sont mariés pour mener cette petite vie bourgeoise qu'ils méprisaient alors, certains ont émigré, d'autres ont disparu sans laisser de trace. Des existences banales somme toute, qu'un deuil ou un échec imprévu ont peut-être pu rendre plus pathétiques. Voilà comment il voyage. C'est agréable, La vie instable et changeante ressemble aux nuages que l'on regarde passer dans une contemplative insouciance, lorsqu'on est en vacances... Légère, et si fragile... 

jeudi 1 mars 2012

Station Place de Clichy


Voila
dans un couloir de correspondance du métro, papiers déchirés, tâches et graffiti sur le béton d'un panneau d'affichage publicitaire.  Je ne saurais dire exactement ce qui, dans cet agencement, me retient, attire à cet instant précis, mon attention. Je suis juste content d'être là devant cette composition éphémère due au hasard. Cette forme me plaît, peut-être même me fait elle du bien. De quoi est elle le signe qu'importe. Je ne veux pas l'abandonner à l'indifférence des passants.