vendredi 24 mars 2017

Monde ancien


Voilà,
c'était il y a longtemps, un hiver, à Gray (Haute-Saône) dans un dépôt de locomotives et de michelines abandonnées. Ensevelis sous la neige les vestiges d'un monde ancien. je ne suis jamais retourné là-bas, mais déjà au début des années quatre-vingt-dix du siècle dernier, cette ville autrefois prospère (jusqu'à 1918, cela avait été un port fluvial important en France) dont la population ne cesse depuis de vieillir et de décroître donnait l'impression d'être en grande déshérence. J'ai passé beaucoup de temps et fait quelques photos dans cette gare abandonnée avec ces machines qui ressemblaient à celles du train électrique de mon enfance... (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 22 mars 2017

the gay deceiver


Voilà,
il y a une photo de Weegee qui s'appelle "The gay deceiver" et j'ai toujours été frappé par le fait que l'homme en question ressemblait à mon père jeune. Bien sûr ce dernier n'est jamais allé aux Etats-Unis (les seuls voyages qu'il a faits lui étaient "offerts" par l'armée). Celles qui est en haut a été prise quelques temps avant son mariage vraisemblablement dans le courant de l'année 1953. Il fait le pitre, il ne sait encore rien de la guerre pour laquelle il va partir début 54 huit jours après son mariage. Il est jeune et insouciant. Il doit souvent rire bêtement à des blagues triviales. Sur cette photo trouvée parmi d'autres entassées pêle-mêle dans une vieille boîte à biscuits en fer blanc, la ressemblance avec mon frère cadet est assez frappante, en particulier quelque chose dans la bouche. Je ne sais pas qui est cette femme plutot moche avec laquelle il danse.


lundi 20 mars 2017

Officiellement c'est le printemps


Voilà,
il paraît qu'aujourd'hui c'est le printemps. Il faut se méfier de ce que l'on essaie de nous faire croire. Tout à l'heure en sortant de la maison de la radio où je suis allé enregistrer un voice-over, je supportais bien ma parka et sa doublure en polaire. Bien que je n'avais guère envie de traîner à cause d'un petit vent froid, j'en ai tout de même profité pour faire quelques photos avant de retourner à la maison. J'aime bien cette perspective de la tour Eiffel. Les rails, les tours du front de Seine, les passerelles et les poteaux métalliques. Ce n'est pas que je trouve ça beau, mais il y a une âpreté séduisante dans cette vue de la tour qui n'est pas celle des cartes postales. Ce cadre bien sûr, je l'ai déjà pris plusieurs fois, sous des lumières différentes. Mais là, il y a une certaine gravité, quelque chose de gris et de menaçant qui s'accorde bien à ce que je perçois des temps obscurs que nous traversons. Parce que c'est sûr qu'on ne va pas trop se poiler dans les semaines qui viennent. On va en entendre des conneries et des promesses et des déclarations péremptoires. Et je crains que les mois suivants risquent d'être un sacré foutoir, en tout cas pas très favorables aux flâneurs de mon espèce. Ce n'est pas que je me complaise dans les humeurs sombres, mais tout de même il n'y a pas beaucoup de motifs de se réjouir non ? Ah si j'en ai entendu une bonne à midi sur la chaîne culturelle. Dupont-Aignan, ce politicien qui ne cesse de se plaindre de n'être pas considéré comme un grand candidat a, paraît-il annoncé dans son programme, qu'il souhaitait envoyer les français islamistes qui ont combattu en Syrie aux Iles Kergelen. Déjà, je ne sais pas combien de maçons accepteraient d'aller se geler les burnes pour y construire un bagne, mais en plus je ne suis pas certain qu'il y a beaucoup d'amateurs de vent de pluie et de froid qui accepteraient d'aller faire les garde-chiourmes là-bas.

dimanche 19 mars 2017

Café Campana au Musée d'Orsay


Voilà,
"il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente", c'est la phrase gravée au dessus de la porte cochère du quai Bourbon sur l'île Saint Louis où Camille Claudel avait son atelier. J'y songeais dans le cadre pourtant paisible du Café Campana situé tout en haut du musée d'Orsay. Cette phrase je pourrais la faire mienne tant il me semble être depuis longtemps dans cette disposition d'esprit. Qu'est-ce donc que cette absence pour moi ? Vraisemblablement, cette période lointaine, où sans pensée conceptuelle, alors que je n'étais qu'animal je me suis éprouvé sans aucun effort comme accompli Oui, il y eut donc un temps où je n'étais que perception pure, accord parfait avec le monde, conscience sans entrave. Le tourment tient au fait que jamais plus cela ne sera. Bien sûr, et c'est une chance, cette sensation fantôme, si lointaine, affleure en de rares moments, ou plus précisément ressurgit parfois de façon trop fugitive, dans ce corps, ce même corps pourtant si différent alors, qui ressentait ne faire qu'un avec le monde. Mais si cela revient parfois, c'est seulement comme un écho ténu, une trace ineffable pareille à un léger cirrus qui s'évanouit dans le bleu du ciel, ou à un parfum qui ne fait que passer et se dissipe aussitôt. Ce qui s'absente de nous à un moment de notre vie, et ne cesse ensuite de tourmenter les êtres doués de sensibilité, c'est l'innocence, l'innocence des bêtes que nous étions encore avant que ne viennent les mots.

mardi 14 mars 2017

Paradoxe


Voilà,
de bon matin à La Défense, sur un écran géant est projeté le trailer du film "Patriots Day". On y aperçoit des personnes couchée à terre, certaines blessées. "Multiples explosions, on a besoin d'aide" est-il écrit sur la bande de surtitrage. En-dessous des femmes passent, se rendant sans doute à leur travail. Un SDF assis sur les marches fait la manche ou ne fait rien. Outre l'obscénité de transformer en spectacle les catastrophes récentes, l'industrie du divertissement n'hésite pas à en faire la promotion sur les lieux mêmes où de possibles attentats sont à craindre. C'est en effet ici après les massacres de Novembre 2015 à Paris, que devait avoir lieu un autre projet criminel qui avait été découvert juste à temps. D'ailleurs, ce n'est jamais sans une certaine appréhension que je me rends là-bas, quand il s'agit pour moi d'y travailler.

dimanche 12 mars 2017

samedi 11 mars 2017

Rosée du matin


Voilà,
en d'autres temps j'aurais pris un livre de chevet. Là, après m'être absorbé dans la contemplation de l'ombre de la rosée du vasistas projetée sur le mur, je me suis attardé sur le blog d'E. que je ne connais pas, mais dont les textes et les citations m'intriguent. Une petite allusion à la fermeture des magasins généraux me fait comprendre qu'elle est paloise. Peut-être nous sommes nous déjà croisés sans le savoir quand je m'y rendais si regulierement l'été. C'est une ville où j'aurais bien aimé me retirer. Mais je ne me retirerai vraisemblablement jamais nulle part. Je continuerai vaille que vaille. Il n'y aura pas de répit. C'est comme ça pour les cigales. Donc, j'ai cheminé à rebours traversant quelques mois de son existence. J'ai retrouvé l'odeur des vieilles cuisines, les senteurs des sentiers pyrénéens, le vent du grand large sur les chemins côtiers, repensé à l'école de mon enfance landaise où la vie s'écoulait apaisée et riche de possibles. Pendant une petite heure j'ai voyagé entre curiosité indiscrétion et nostalgie imaginant parfois une possible autant qu'improbable amie (paradoxe de ces étranges objets que sont les blogs, publications à la fois intimes et extimes qui nous rendent familiers des inconnu.e.s parfois très lointains) en passant de page en page comme un promeneur qui chemine dans le lit d'un calme torrent l'été et saute de rochers en rochers (Ah les excursions estivales dans les gorges de la Nartuby avec Agnès, Gérard, Delphine et Didier). Ces dérives dans les blogs des autres me plongent parfois dans la vertigineuse rêverie des virtualités inaccomplies. Ainsi sans doute à l'heure présente serais-je autre, ailleurs c'est certain et peut-être même d'une matière différente si un soir, autant par désœuvrement que par devoir, je ne m'étais rendu dans ce théâtre pour y assister à un spectacle dont je ne pouvais imaginer qu'il influerait à ce point sur le cours de ma vie.

vendredi 10 mars 2017

Boire à la Source voluptueuse d'Autrefois


Voilà,
Je me réveille et aussitôt je mets France Musique. Le trio Altenberg joue des pièces de Mendelssohn pour piano, violon et violoncelle. Je ne connaissais pas, c'est beau. Je pourrais me rėjouir de cette trouvaille que cela soit mon bonheur du jour et m'en satisfaire. Parfois j'essaie de croire que la musique va me protéger du monde, des mots, de toutes ces conneries propagées à longueur de journée sur les ondes et les medias de toutes sortes, qu'il va m'être possible d'échapper aux prises de positions des uns et des autres. Mais je suis à la merci des réseaux sociaux (que je consulte tout de même sachant pourtant qu'ils sont aliénants et déprimants) autant que de ma propre conscience historique : je sais que dans les années trente à quarante, la musique ne protégeait de rien. On interdisait de jouer Mendelssohn en Allemagne au prétexte qu'il était juif, et dans les camps de concentration on faisait interpréter la grande musique allemande par des orchestres de déportės avant de les gazer. Je voudrais me soustraire à la bêtise politique et plus généralement à la cruauté du monde et au pressentiment des temps obscurs qui semblent s'annoncer. Mais je sais que c'est illusoire. Tout comme échapper aux pensées morbides parce que de plus en plus de gens qui furent plus ou moins proches à différents moments de ma vie disparaissent ou sont très malades. Et les douleurs de mon corps dont je ne sais si elles sont prėoccupantes ou normales, d'elles aussi je me passerais bien. En ce sixième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, je ne parviens pas à songer à l'avenir avec sérénité ou même indifférence. Je ne parle pas du mien, mais de celui de ma fille et des enfants de mes amis. Je dois avancer vers ma vieillesse incertaine avec toutes ces inquiétudes. Le monde que j'ai connu s'effondre, tout comme disparaissent les valeurs qui m'ont en partie constitué. La nation où j'ai grandi semble renier sa devise inscrite au fronton des mairies. La radio continue de diffuser des pièces de Mendelsshon, ce sont les romances sans paroles pour piano seul. Il faut que je me lève, que j'aille travailler. Me reviennent en mémoire, sans que je puisse me l'explique des choses vues et entendues il n'y a pas si longtemps qui demeurent effrayantes. L'homme par exemple croisé il y a deux ans près de la gare Montparnasse alors que non loin les cheminots défilaient pour leurs revendications. Il disait à son copain que lui il avait deux modèles dans la vie : Hitler et Napoléon. Je m'étais mêlé à la conversation et lui avait demandé un peu plus sur Hitler, il m'avait expliqué que Hitler était un grand homme parce qu'il avait rétabli la situation économique dans son pays en 5 ans. Là je m'étais senti impuissant devant la force brute de la connerie. Mes livres, ma bibliothèque ma faculté d'analyse, ne m'étaient d'aucun secours. J'avais bien tenté quelques arguments mais aussitôt j'avais renoncé. Une sorte d'accablement m'avait envahi, comme lorsque j'avais vu dans ma rue ces deux noirs s'engueuler. L'un vêtu d'une combinaison verte de la mairie de Paris essayait d'empêcher l'autre au volant d'une BMW de se garer sur une place réservée aux handicapés. Le conducteur avait traité l'employé de la ville de pauvre nègre bon qu'à ramasser les poubelles. J'avais observé ça un peu interdit. Aujourd'hui, dans ce pays près de cinquante pour cent des gens hésitent dans leur choix entre deux d'escrocs, tous deux à la tête de partis devenus quasiment maffieux. Ce qui reste de la gauche se déchire malgré la consternation des quelques qui s'y reconnaissent encore. Les sociaux démocrates se laissent se jettent dans les bras d'un jeune arriviste qui dit tout et son contraire, et qui est l'otages des banques, et des grands industriels. Le fascisme n'est même plus rampant, il s'affiche sans complexe  dans les commisssariats, et dans les émissions de la télévision publique. Parfois, j'ai l'impression que je vis dans un monde en train de sombrer irrémédiablement dans le chaos et le non-sens. Je voudrais retourner à Venise, "boire à la source voluptueuse d'autrefois" comme l'a si joliment écrit Thomas Mann (Linked with the weekend in black and white

mardi 7 mars 2017

Quai St Michel


Voilà,
c'est un petit rituel depuis que je tiens ce blog : chaque année j'annonce l'éclosion de mon forsythia. Dans le milieu de l'après midi, il était tout fleuri. Je n'y avais pas vraiment prêté attention ces jours derniers. J'ai la tête ailleurs. Ou bien nulle part. Quoiqu'il en soit c'est la première fois que ses petites fleurs jaunes apparaissent aussi tôt dans l'année. Et chaque chaque fois à cette occasion je repense aux routes des Landes jaunies par le pollen des genêts. Sinon aujourd'hui je me suis promené du côté de l'île St Louis après être allé voir une exposition sans grand intérêt au Musée Cognacq-Jay où je n'étais encore jamais venu. Au retour je suis passé devant la maison où vécut Vladimir Jankélévitch, 1 quai au fleurs sur l'île de la Cité. Il y avait, en dépit du ciel couvert, un petit air de printemps dans l'air. J'ai poursuivi jusqu'a Saint-Michel et vu au passage cette pub au cul d'un bus. Il n'y a pas que Notre-Dame et les bouquinistes. C'est aussi ça Paris, de nos jours. La vulgarité s'affiche partout. A la veille du 8 Mars journée internationale du droit des femmes, on se rend compte que cette cause est encore et  plus que jamais à défendre.

vendredi 3 mars 2017

L'après-midi du premier jour


Voilà,
c'était l'après-midi du premier jour, l'étonnement d'être à nouveau là, après tant d'années. Un peu hébété, à cause du voyage, ma fille à mes côtés. Heureux, mais toujours ce fond de mélancolie teinté d'une vague inquiétude qui jamais ne me quitte. Très vite nous nous sommes éloignés de la foule, vers les petites rues, filant vers le Castello où nous avons senti la nuit tomber alors que nous abordions une piazetta non loin de Santi Giovanni e Paolo. On ne se perd jamais dans Venise, on s'égare. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 1 mars 2017

Tentation de Saint Antoine (4)


Voilà,
je continue avec mes tentatives de "Tentation de St Antoine". Je recommencerai tant que je pourrais. C'est un motif d'exploration intéressant dont pour le moment je ne me lasse pas. Pour suggérer les visions à connotation sexuelle qui assaillent et submergent le Saint, l'utilisation du procédé de l'image cachée dans l'image rend plus encore prégnante le caractère incertain et obsédant de la vision. Il permet en outre de jouer sur l'illusion que le paysage tout entier devient l'objet d'une hallucination. Dans ma jeunesse, j'ai passé de nombreuses heures - et parfois sous influence - à contempler la reproduction de la tentation peinte par Grünevald, qui selon moi est de loin la plus réussie, en particulier grâce à ses monstres, même si celle de Jérôme Bosch est aussi très impressionnante. Je me suis d'ailleurs souvent demandé si les farines de seigle avec lesquelles on fabriquait le pain, et qui sans doute étaient souvent contaminées par un champignon parasite dont les effets sont comparables à ceux du LSD, parce qu'ils en contiennent le principe actif, ne sont pas la cause de ces représentations monstrueuses, si fréquentes au moyen-âge en particulier pour décrire les enfers aux frontispices des cathédrales, ou sur les gargouilles. La version que je propose là s'inspire d'un tableau observé il y a quelques temps à la Ca' Rezzonico de Venise, dont j'ai plus ou moins reproduit le personnage central.

lundi 27 février 2017

La solution classique, éprouvée.


Voilà,
"L'humanité ne m'intéressait pas, elle me dégoûtait même, je ne considérais nullement les humains comme mes frères, et c'était encore moins le cas si je considérais une fraction plus restreinte de l'humanité, celle par exemple constituée par mes compatriotes, ou par mes anciens collègues. Pourtant en un sens déplaisant, je devais bien le reconnaître, ces humains étaient mes semblables, mais c'est justement cette ressemblance qui me faisait les fuir ; il aurait fallu une femme, c'était la solution classique, éprouvée, une femme est certes humaine mais représente un type légèrement différent d'humanité, elle apporte à la vie un certain parfum d'exotisme.". J'ai trouvé ces quelques lignes dans le dernier livre de Michel Houellebecq, "Soumission" dont la fable de politique fiction ou d'uchronie est une pochade plutôt ratée, dont rétrospectivement on comprend assez mal le tintouin qui en a été fait. Ou plutôt on réalise à quel point, cet auteur et sa production sont devenus un produit marketing, qui à ce titre, a rencontré son époque avec le massacre du 7 Janvier 2015,  jour de parution de ce livre, quand fut décimée la rédaction de Charlie-Hebdo, et tués des citoyens français d'origine juive dans un hypermermarché casher par des extrêmistes musulmans. Mais restent cependant quelques passages tout à fait réjouissants quand il évoque les universitaires, parle de Huysmans, ou encore lorsqu'il décrit les comportements de son héros, frustré dépressif misanthrope et sexiste. En fait une fois de plus, il brille surtout par sa description cynique de ce qui régit les rapports des hommes et des femmes dans la France de ce début de millénaire (d'où cette image de couple pour illustrer cette publication) et par la peinture des relations professionnelles entre "collègues" ou "collaborateurs". J'en citerai vraisemblablement d'autres dans les semaines à venir.

samedi 25 février 2017

Dans la Muqueuse du Sommeil


Voilà,
des mondes émergent de l'infra-nuit, des yeux paysagent et babouinent dans la muqueuse du sommeil. Vieux chiens au regard torve, qui glaçaient autrefois les enfants d'effroi, à présent les araignées vous ont mangés. Je les devine qui se crocodilent sous les lichens crabent dans les mousses, ou se dissipent dans le soyeux dessin d'une aile de papillon. Songeant aux temps obscurs où ils n'étaient que larve ou pourriture, les amants se murmurent de tendres obscénités. Le printemps darde sur les tiges. Mords ma chair je te l'offre please mange ma prière.

mercredi 22 février 2017

Étrange Sensation


Voilà,
étrange sensation, s'endormir dix minutes à peine se réveiller saisi par l'inquiétude d'être en retard en songeant qu'on est déjà le lendemain matin. La qualité du soulagement qui s'ensuit. Comme si on avait tout à coup gagné beaucoup de temps au cours de cette journée, alors qu'on n'a fait que s'abîmer dans un sommeil compensateur après un jour de labeur absurde. Mais très vite revient l'angoisse, sournoise et sans objet, et l'accablement de se sentir à ce point aliéné. Dehors le monde s'est assombri. Apercevoir la lumière derrière les autres fenêtres. Toutes ces vies. Comment font les autres ?

lundi 20 février 2017

Une vie entre les coulisses


Voilà,
"C'est une vie entre les coulisses. Il fait jour, c'est un matin en plein air, puis aussitôt la nuit tombe et c'est déjà le soir. Ce n'est pas une supercherie compliquée, mais il faut se soumettre tant qu'on est sur les planches. On n'a le droit de s'enfuir que si on a la force de se diriger vers le fond, de fendre la toile, de passer à travers les lambeaux de ciel peint, et d'enjamber un ou deux accessoires pour se réfugier dans la rue réelle, une rue obscure et étroite qui en raison de la proximité du théâtre, s'appelle encore rue du Théâtre, mais est vraie et possède toute les profondeurs de la vérité.  (Franz Kafka)

dimanche 19 février 2017

Figures de carnaval avec bouquet et smartphone


Voilà, 
le mariage de la tradition et de la modernité. Etrange comme la perception des êtres et du paysage urbain s'est transformée en un rien de temps. Il y a un peu plus de dix ans, les premiers smartphones ont fait leur apparition en France. Je me souviens très bien que c'est un régisseur du Théâtre de Vandœuvre qui m'en a le premier montré l'usage un soir dans une pizzeria de la place Stanislas à Nancy. La dernière fois que je suis venu à Venise on ne rencontrait pas de gens semblant parler tout seuls. On en voyait quelques uns marcher avec un portable mais c'était rare. Désormais même les gondoliers gondolent en téléphonant. Et les perches à Selfies quand ont-elles commencé à apparaître ? je dirai quatre ans à peine. Peut-être moins. Pourtant on a l'impression que cela a toujours été là, tant cela prend de place dans la vie quotidienne. Lorsque le transistor s'est démocratisé les gens qui avaient connu un monde sans ce dernier ont-il éprouvé la même sensation ? C'est la vie moderne. Pour ma fille c'est normal, pour moi c'est étrange. Quoiqu'il en soit, des ondes de toutes sortes nous traversent. Des particules aussi. Certaines nous intoxiquent. Mais il est une ville où les voitures sont absentes, où l'on ne fait que marcher et où l'on peut se perdre, se retrouver seul , loin de la foule des touristes (linked with the weekend in black and white)

vendredi 17 février 2017

Père et Fille



Voilà,
Plus tard dans la journée, nous sommes tout deux attablés l'un en face de l'autre, dans l'arrière-salle d'un bar de Venise où l'on diffuse du blues électrique. Parlant peu, nous regardant souvent, on partage des cicchetti. Je continue de m'étonner que la vie m'ait fait la faveur d'être le père de cet être si drôle et surprenant. Le chemin vers elle a été si difficile avant qu'elle ne vienne. Et parfois encore je me sens si démuni lorsque je ne la comprend pas. Nous sommes deux mondes si éloignés dans le temps. Mais cet écart est au principe de sa présence. Elle ne sait pas à quel point elle m'a transformé. Quoiqu'il en soit je fais comme je peux. Mais devant son sourire j'éprouve une joie intense et secrète. Et aussi un peu de fierté à lui faire découvrir cette ville à nulle autre pareille, si fragile et mystérieuse, comme un miracle toujours renouvelé. 

dimanche 12 février 2017

Hôtel Télémaque


Voilà,
c'est la devanture de l'hôtel Télémaque, rue Daguerre. C'est un hôtel bon marché pour touristes, dans une rue vraiment sympa. J'aime ces figurines, cette décoration. Je passe devant très souvent, et toujours ça attire mon regard. Je ne sais pas pourquoi ce soir j'ai pris une photo. Le buste de clown m'évoque Alain Gautré auquel je pense beaucoup ces derniers jours. Sa disparition m'affecte. On se croisait de temps à autre, et le début des années 90 durant lesquelles nous voyions assez souvent, me revient en mémoire. Voilà, c'est comme ça. Ce qui ne peut se dire doit se taire. essayons de songer plutôt aux menus étonnements de la vie.

vendredi 10 février 2017

Que ne suis-je


Voilà,
Que ne suis-je la poussière du chemin,
les pauvres me foulant sous leurs pieds...

Que ne suis-je les fleuves qui coulent,
avec les lavandières sur ma berge...

Que ne suis-je les saules au bord du fleuve,
n'ayant que le ciel sur ma tête et l'eau à mes pieds...

Que ne suis-je l'âne du meunier,
lequel me battrait tout en ayant pour moi de l'affection...

Plutôt cela plutôt qu'être celui qui traverse l'existence
en regardant derrière soi et la peine au coeur...
                                                                                   Fernando Pessoa "Le gardeur de troupeau"
                                                                                       Linked with "the weekend in black and white"

jeudi 9 février 2017

La lumière ouvrant son chemin


Voilà,
"Il ne dormait pas, il passait des heures aux aguets, finissant par distinguer dans l’enchevêtrement des sons les rumeurs les plus infimes, l’araignée tissant sa toile ou, encore moins perceptible, la lumière ouvrant son chemin à la force du poignet dans le velours épais des rideaux. Le silence venait tard, une fois disparu l’écho des derniers pas. C’est alors seulement que la netteté gagnait ces coups venus du fond de son corps. Ils avaient toujours été là, mais ce n’est que dans ces moments-là qu’ils surgissaient purifiés de tout autre bruit, chacun avec son profil de poignard. Jusqu’à quand allaient-ils durer? Car une heure viendrait, aucun doute là-dessus, où le désert de la nuit et le silence du corps formeraient une seule substance, inséparable à jamais de la fièvre de la rosée, quand matinale elle monte les dernières marches."
(Eugenio de Andrade Versants du regard et autres poèmes en prose, Patrick Quillier traducteur)

mercredi 8 février 2017

Basculer dans un abîme de vide mental : je pieuvre


Voilà,
"Dans le vertige physique, le monde extérieur tournoie autour de nous ; dans le vertige moral c'est notre monde intérieur qui tournoie. J'eus un instant l'impression de perdre la conscience des véritables rapports entre les choses, de ne plus comprendre, de basculer dans un abîme de vide mental. C'est une sensation horrible qui frappe d'une peur démesurée. Ces phénomènes deviennent fréquents. Ils semblent jalonner ma route vers une nouvelle vie mentale, qui sera naturellement la folie. (Fernando Pessoa - Fragments d'un voyage immobile)

lundi 6 février 2017

Contrebande


Voilà,
en fait je ne devrais parler que de cela puisque j'y consacre la plupart de mon temps, de mon énergie  – qui n'est plus très fameuse – et de ma réflexion. Cette contrebande, ce petit trafic avec les images est ce que j'ai trouvé de mieux pour atténuer l'angoisse d'être au monde et la peur d'y décrépir avant d'en disparaître à jamais. Mais j'entends les bruits de ce monde, les vociférations des uns et les prophéties des autres. Je ne peux que constater l'ahurissante bêtise qui gagne un peu partout et se propage plus vite qu'elle ne l'a jamais fait. Cela ne me rend pas très serein. Il faudrait que je me coupe des réseaux sociaux, que je ne lise pas les nouvelles, que je fasse comme si la catastrophe écologique n'existait pas, comme si la menace de l'accident nucléaire était absente, comme si notre alimentation n'était pas empoisonnée et que l'air que nous respirons demeurait pur et sain. Oui, faire l'autruche pour ne pas songer au fou qui gouverne les États-Unis et qui veut avec son administration faire en Europe ce que ses prédécesseurs ont fait au Moyen-Orient, rester dans ma bulle pour éviter de m'insurger contre les corrompus et les prévaricateurs qui prétendent aux plus hautes fonctions de ce pays, et font monter en moi, l'ami des nuages et des papillons de féroces pulsions meurtrières. Ce matin, comme cela m'arrive de plus en plus souvent, au lieu de subir le bulletin d'informations, j'ai changé de canal pour écouter France Musique. J'ai besoin de beauté, d'harmonie, même si ce n'est qu'une illusion. Tout comme ce temps consacré à interroger les œuvres du passé avec les techniques d'aujourd'hui, à les réinterpréter, comme le ferait un musicien de jazz d'un standard reconnu. Une fois encore je me détourne du réel. Le déni de réalité c'est une forme de folie. Mais comme je socialise encore, que je dis bonjour au gardien de l'immeuble, que je vais faire des exposés sur le cinéma dans le lycée de ma fille, que j'accepte des invitations à dîner ou au théâtre, que je participe å des comités de lectures, à des lectures publiques, que je réponds encore au téléphone je passe pour quelqu'un de relativement normal. Pourtant la plupart de mes heures je les dépense à explorer les virtualités que j'entrevois en liant des images les unes aux autres. Les possibilités sont infinies. Elles me libèrent de la contrainte d'une pensée structurée. J'établis une hypothèse. Au lieu de m'interroger sur la rencontre fortuite d'un parapluie et  – putain de quoi d'autre sur la table de dissection ? j'ai la mémoire qui flanche – ah oui d'une machine à coudre merci Google je mets en relation, par exemple un vieux collage réalisé dans les années quatre-vingts et un tableau de Kandinsky sur ma tablette. Je me livre ensuite à toute une série de transformations jusqu'à obtenir une image qui me convienne. Et pendant ce temps rien d'autre n'existe que la musique qui m'accompagne.  "Muzik zum Gedächtnis der Einzamen de Philip Jarnach. C'est la découverte du jour. Elle vaut bien des voyages. parfois j'aimerais me retirer totalement, être pris en charge et pouvoir comme les pensionnaires de Gugging me livrer à mes bricolages. Il y a peu au Goethe Institut, j'ai lu une pièce de Philipp Weiss concernant cet endroit et ces artistes. J'interprêtais le personnage de Walla, le peintre avec son drôle de chapeau. Je veux le même.

vendredi 3 février 2017

Bord-cadre


Voilà,
bien sûr on a beau savoir que, dans la vie, à partir d'un certain moment s'accroît la probabilité d'assister plus souvent à des enterrements qu'à des baptêmes (ou même des mariages), mais c'est à chaque fois un choc, lorsque vous parvient la nouvelle d'une disparition de quelqu'un que vous avez côtoyé, apprécié, admiré. Et lorsque ladite personne est à peine plus âgée que vous, au regret, au chagrin s'ajoute l'amère sensation que somme toute, fort peu reste à vivre, avant de sortir du cadre.

jeudi 2 février 2017

Rattrapé


Voilà,
à cet endroit, un deux février, le cours de ma vie a changé
c'était il y a bien longtemps
Aujourd'hui cette date me rattrape sans que je ne sache trop pourquoi.
Des années que je n'y avais pas repensé.

mardi 31 janvier 2017

Vœux


Voilà
Finalement par les temps qui courent les vœux se résument à cette attitude qui consiste à séparer le savoir de la croyance : nous savons que la catastrophe est possible, voire probable, mais nous refusons de croire qu’elle se produira, et nous perpétuons le rite comme si de rien n'était. Pour l'année qui commence j'ai eu plutôt du mal à formuler mes vœux. Il faudrait pouvoir la souhaiter "aussi bonne que possible au regard des circonstances". Ce que je fais en ce dernier jour de Janvier, avec cette photo douce : ombres de visiteurs croisant l'ombre d'une petite tête sculptée par Giacometti lors de l'exposition associant son œuvre à celle de Picasso. C'était extrêmement apaisant de cheminer parmi les créations de ces deux génies, d'aller de l'un à l'autre, de s'abandonner à la rêverie provoquée par la rencontre de ces deux œuvres. Tout à coup s'en trouvait quelque peu atténuée la misère morale et intellectuelle qui, ces derniers jours se manifeste de façon outrageuse en de nombreux endroits du globe, particulièrement dans ce pays, où la campagne électorale voit fleurir et s'épanouir de bien nauséabondes pensées

lundi 30 janvier 2017

Le Motif caché dans le tapis


Voilà,
j'aime particulièrement produire des images équivoques, qui ne se donnent pas d'emblée et suggèrent plus qu'elles ne montrent. J'apprécie qu'elles puissent un moment demeurer énigmatiques et qu'on ait à y chercher "the figure in the carpet" selon la belle expression de Henry James. Cela fait un an maintenant que je travaille sur cette question du motif caché, avec des variations plus ou moins subtiles, des tâtonnements, des tentatives. Un moment viendra où j'aurai sans doute envie d'une ligne claire et de plus de simplicité géométrique. Mais pour le moment ce chaos me convient

samedi 28 janvier 2017

Bien las


Voilà,
au fond tout cela n'a plus grande importance. Les jeux sont faits. Des choses ont été dites pensées ressenties produites, mais au fond en pure perte. Oui bien sûr un jour un clown m'a dit qu'il avait choisi cette activité après m'avoir vu sur scène. C'était au cours du réveillon, quelqu'un a prononcé mon nom, trente ans après il s'en souvenait encore. Il m'a longuement parlé. J'étais un peu embarrassé. Enfin, c'est toujours ça, même si c'est très modeste comme influence sur la marche du monde. Le problème, c'est que je n'ai jamais su choisir. Pour me défendre dans la vie, j'ai fait semblant d'être intelligent. Il m'est même arrivé d'être assez brillant, et de me prendre à on propre jeu. Pire même, de faire vraiment illusion. Mais au fond je suis du côté des idiots des nonoches, des simples d'esprit, de ceux qui regardent le doigt-qui-montre-la-lune. Je m'obstine encore à essayer d'argumenter, de justifier, de commenter. Mais au fond j'en ai un peu rien à battre. Je suis fatigué, très fatigué de ce monde et de toutes les questions qu'il suscite. Et de ce corps aussi je suis bien las.

mercredi 25 janvier 2017

A distance


Voilà,
Parfois il s'inquiète de la raison pour laquelle il se tient depuis si longtemps à distance des autres. Où il devrait reconnaître son semblable il ne voit la plupart du temps qu'un corps étranger. Il n'aime guère se mélanger à quiconque ne suscite un sentiment de reconnaissance d'admiration ou d'identification. Il aimerait se libérer de cette défiance, de cette circonspection permanente, mais peut-être en a-t-il besoin, qui sait si elle ne lui est pas nécessaire, indispensable fût-ce au prix de la solitude. Une chose est sûre, cette réticence l'a préservé de nombre de désillusions, et de quelques dangers. Sans doute en aurait il été autrement s'il n'avait pas grandi dans la proximité d'un prédateur. Il y aura toujours du sauvage en lui.

mardi 24 janvier 2017

Deux Histoires


Voilà,
pourquoi avoir la tentation d'écrire là-dessus, de se répandre là-dessus, comme si cela devait avoir de l'intérêt pour d'autres que moi, comme si même cela devait avoir de l'intérêt pour moi, comme si cette affaire avait quelque chose d'exceptionnel, comme si cela devait compter comme un événement public. Non ce qui compte c'est cette histoire rapportée par Badinter. Il a seize ans c'est la guerre, il roule à vélo sur une route en possession de faux papiers d'identité. Un soldat allemand l'arrête, lui demande sa carte, la regarde, le dévisage longuement, appelle un autre soldat lui montre la carte, puis sort de sa veste une photo et la montre à Badinter. C'est la photo d'un jeune homme, le fils du soldat, en uniforme des jeunesses hitlériennes, qui ressemble terriblement à Badinter. Le soldat voit dans le visage de Badinter, celui de son fils. Badinter voit dans le visage du soldat, celui de la mort. Le soldat finit par lui rendre ses papiers et le laisse partir. Cette anecdote en dit long sur l'absurdité des choses. De même que cette parabole.
- Maître je veux mourir
- Mourir n'est pas une solution
- Alors il me faut vivre ?
- Vivre n'est pas une solution
- Alors Maître quelle est la solution ?
- Mais qui t'a dit qu'il y avait une solution ?

lundi 23 janvier 2017

Un autre Hiver


Voilà,
C'était un autre hiver, j'étais passé rue Caulaincourt repensant à ma vieille camarade Elisabeth qui avait longtemps habité dans les parages. Il faisait froid et il avait beaucoup neigé. Je répétais pour une pièce de Jon Fosse, un rôle de père un peu égaré, muré dans son incapacité à verbaliser. Du temps a passé depuis. Je comprends à présent qu'on puisse ne plus avoir envie de parler. Parfois, je voudrais comme Oblomov, ou ce scénariste qui s'appelait Gérard Brach, opter, comme fit ce dernier à la fin de sa vie, pour le retrait caméral absolu. Cette phrase lue il y a longtemps, elle est de Saint Augustin je crois, "ce que je sais je ne le suis plus, ce que je suis je ne le sais pas" correspond tout à fait à ce que j'éprouve en ce moment.

dimanche 22 janvier 2017

Encore une Tentation


Voilà,
la réalité sécrète du rêve. Le corps sécrète du rêve. La culture sécrète du rêve. Je ne donne forme à mes rêves que sur les rêves de ceux qui m'ont précédé. Burin, gradines, ciseaux, ognettes, massettes, bouchardes, gratte-fond étaient les outils du sculpteur. Moi je sculpte de l'information et mon outil est d'une autre nature. Je travaille avec des machines, des machines-outils. Je travaille aussi contre la machine, car comme le disait Heiner Muller, "l'homme est l'ennemi de la machine. Pour tout système ordonné il est le facteur de perturbation" Dans un univers de plus en plus technicisé, la seule force de résistance est de détourner le projet des machines. En n'oubliant pas d'utiliser aussi des techniques très anciennes et très primitives. Le monde dans lequel je vis me fait penser différemment les formes et la production d'images. Mais il ne faut pas pour autant oublier les vieilles histoires, les vieux mythes. Il faut les réinterpréter les réinterroger, s'en nourrir. Ces vieilles histoires sont ce qui nous lie à nos origines, à notre culture, à notre humanité. Voilà pourquoi une fois encore j'ai voulu faire une "Tentation de Saint-Antoine". Celle-ci se rapproche beaucoup plus de ce que je souhaite, même si elle n'échappe pas non plus à la citation.

samedi 21 janvier 2017

Deviser avec les ombres


Voilà 
l'homme s'égarait dans les reflets, devisait avec les ombres. De plus en plus nombreuses d'ailleurs. Se frayer un chemin parmi elles n'allait plus toujours de soi. Oui bien évidemment les choses pour lui changeaient, il n'était pas complètement idiot, il le voyait bien quand même. Fallait-il pour autant s'en laisser compter. Il fixait le mur de longs moments. Des mondes en émergeaient plus consistants que celui dans lequel il traînait sa carcasse. Des formes, des êtres pas avares de secrets à partager. Mais des chimères aussi on se lasse. Cela manquait souvent de clarté. "Je te feuillemorte" vitupérait-il contre la pierre humide en la frappant du plat de la main. Le salpêtre s'effritait. Les rêves aussi finissent en poussière. 

mercredi 18 janvier 2017

Thyroïdiennes


Voilà,
il y a des gens en costume cravate qui rentrent dans le métro comme John Wayne pénétrait dans un saloon. Et puis ils s'asseyent sur un strapontin, dégainent leur portable et là laissent apparaître de pauvres chaussettes grisâtres dont trop de lessives ont épuisé les élastiques. Alors tu lèves les yeux, tu regardes autour de toi et les femmes que tu vois ont toutes le cou gonflé. Tu tu te demandes si elles ne se rendent pas un congrès de thyroïdiennes. Là tu t'inquiètes. Est-ce toi qui pars en vrille, ou bien as tu été enfermé dans une anomalique bulle d'espace-temps ? Tu songes aux visions de la nuit précédente, "au sommeil de la raison qui engendre des monstres", aux formes étranges que prend ta peur, de plus en plus irrépressible, et soudain tu réalises qu'il est possible que, sans même t'en apercevoir, tu aies parlé à haute voix parmi tous ces inconnus.

lundi 16 janvier 2017

Blue Monday


Voilà,
A quelques jours de l'investiture de Donald Trump, et à alors que paraissent dans le Times britannique le point de vue du président Américain sur l'Europe la brillante chronique de Michel Schneider sur France Culture ce lundi (surnommé par les anglo-saxons "Blue Monday" parce que selon des études le troisième lundi de janvier serait le jour le plus déprimant de l'année) semble plus que jamais s'imposer : 
"Cette semaine, la couverture du New Yorker montrera Trump, 45e président des Etats-Unis comme un gamin dans une voiture électrique lancé dans un tour de manège. Sur ce thème Michelle Obama a attaqué le successeur de son mari, en disant qu'il fallait "un adulte à la Maison Blanche". L'opinion éclairée ne comprend toujours pas comment le petit garçon a réussi à faire démarrer la voiture familiale et à traverser l'Amérique "coast to coast" . Mais dans quatre jours Donald Trump sera au volant des Etats-Désunis d'Amérique, avançant à grands coups de klaxon. Nous sommes bien du côté de Freud. Du petit pervers polymorphe qui somnole en chacun de nous. De l'enfant-roi que l'éducation des pulsions doit normalement amener à composer avec la réalité, et à différer la satisfaction de ses désirs. Mais Trump n'est pas un président normal. Et il n'est plus un enfant. C'est un adulte rusé, un fin tacticien, un prédateur conscient. Un fou ? Ce ne serait pas une première dans l'Histoire, américaine ou autre, qu'un fou accède au pouvoir suprême. La folie politique est toujours prête à resurgir dans les périodes de crise. Man of the year selon Time Magazine. Ou comme l'appelle le New York Times, tout en le qualifiant de demi-fasciste, ce qui n'est pas exclusif mais pas synonyme , Madman de l'année ? Trump, il est vrai, malade de medias, sut manier la télé-réalité comme les personnages de la série Madmen la publicité. Mais de quelle madness s'agit-il ? A voir Trump menacer de mort sa rivale et pointer son index comme une arme sur tout ce qui ne bouge pas dans son sens, à l'entendre hacher son propos d'injures et de propos scabreux, il semble que l'on soit plutôt dans le registre de la psychose que de la névrose banale. Apparemment, pas de refoulement, peu de surmoi, beaucoup de ça et énormément de moi. Paranoïaque, narcissique extrême, atteint de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité), borderline, psychopathe dangereux, sociopathe avéré, schizophrène compensé, bipolaire ? Les diagnostics fusent. A lui tout seul un vrai DSM5 (Manuel statistique des troubles mentaux). Malade sexuel, l'homme aux idées politiques aussi indéfinissables que la couleur et la coupe de ses cheveux, dont on se demande, si, des cheveux comme des idées, il en a vraiment, tant il donne l'impression de ne pas être là, d'être virtuel, tel un hologramme en 3D ?
La psychanalyse de ceux qui ne s'allongent pas sur un divan est un exercice périlleux et souvent illégitime. Ne psychiatrisons pas. Pour comprendre "le monstre ", plutôt que de fouiller l'étiologie sexuelle de ses symptômes et de traquer ce qui a pu se passer - ou non - entre lui et des prostituées moscovites, mieux vaut interroger l'inconscient collectif qu'il incarne désormais. J'avoue sur ce point que je ne comprend pas que les élites ne comprennent pas ce qui a permis à Trump d'arriver au pouvoir. L'été dernier, j'ai eu l'occasion d'interroger sur l'enjeu de l'élection et l'avenir de l'Amérique en crise quelques écrivains américains. Richard Ford, Rick Moody, Salman Rushdie, Russell Banks, Colum McCann, John Irving, Jay McInerney. Tous confiaient leur dégoût et leur peur de la fracture sociale, civile, matérielle - et certains n'hésitaient pas à dire, raciale - dont l'élection fut ensuite le révélateur. Tous excluaient la victoire de Trump. Trop fou. Trop bête. Ils avaient oublié la mise en garde de Raymond Aron : le plus souvent ce n'est pas la raison qui s'accomplit dans l'histoire, mais la bêtise. Ou la folie. Tous le disaient malade mental, mais aucun ne percevait que le déni du réel, manifeste chez Trump, était symétrique de celui latent chez Hilary Clinton. Business as usual¸ elle ne voyait pas le problème. Et lui voulait lui apporter des solutions aberrantes. La folie, dit Freud, n'est pas de nier la réalité, car c'est ce que nous faisons tous, névrosés fous ou pervers. La folie commence quand on reconstruit une réalité à la place de celle qu'on ne veut pas connaître et reconnaître. Cela s'appelle un délire mégalomaniaque ou en politique un programme démagogique 
Lorsqu'on regarde les foules acclamant Hitler, à qui l'humoriste Louis C. K. et le romancier Jerome Charyn comparaient Trump, on se demande un peu naïvement : mais comment tous ces gens ont pu ne pas voir qu'ils admiraient un fou ? Et si au contraire, ils la voyaient, cette folie, l'enviaient, la désiraient? Et que ça les faisait jouir par procuration de l'entendre dire tout haut les horreurs que tout bas ils rêvaient de faire ? Trump n'est sans doute pas plus raciste que la majorité des Américains blancs. Pas plus indifférent au sort de la planète et à la crise de l'environnement que la majorité des électeurs démocrates. Pas plus intoxiqué aux médias sociaux que la plupart de nos contemporains. A peine plus menteur que la généralité des hommes politiques occidentaux. La folie de Trump n'est-elle que l'image kitch ou l'écho bruyant de la folie banale et sourde de l'Amérique ? Avec 19 millions d'abonnés Facebook - après tout ce n'est jamais que deux fois plus que Kim Kardashian - Trump est l'incarnation des fantasmes américains 
Les sondages qu'on dit s'être trompés ne se trompent pas. Ils mesurent nos intentions conscientes et nos pulsions avouables. Le vote, lui, exprime à loisir dans le secret de l'isoloir l'inconscient et l'inavouable. L'inconscient, c'est ce qui nous fait faire ou dire ce qu'il ne faudrait pas. Ce qui nous amène à méconnaître nos intérêts réels et à les sacrifier à nos idéaux imaginaires. Ce qui nous pousse à faire le mal et à faire du mal, aux autres et à nous-mêmes. Dans l'inconscient, nous sommes tous plus ou moins racistes, pleins de haine pour le voisin, de peur face à notre semblable comme à notre dissemblable. Narcissisme phallique des mâles, admirant en Trump un pénis sur pattes, stupide et fier de l'être; misogynie inavouée chez nombre de femmes; admiration du pauvre pour l'escroc riche qu'il n'a pas eu les moyens d'être; attirance pour le mal; soumission masochiste à une autorité sans frein; goût pour les mots et les choses sales; désir de détruire un objet afin que l'autre ne s'en empare pas; sadisme pollueur anti-environnement; crainte d'être démographiquement minoritaire chez soi: tous ces traits sont bien partagés. Ils dorment dans le cerveau reptilien que l'éducation et la démocratie n'ont que peu civilisé. La politique n'est pas d'abord affaire de choix conscients, mais d'impulsions et d'aspirations inconscientes. La réalité compte moins que les images, la raison que les passions, les idées que les idéaux. On n'élit pas un dirigeant pour ce qu'il promet de faire, et fera peut-être, mais pour ce qu'il est. Ce qu'il représente pour l'inconscient collectif. Aujourd'hui, enfants tout puissants, la moitié des électeurs américains lance à l'autre et au monde: je vous emmerde. Trump représente la part sombre d'eux-même, leur image rêvée. Trump leur ment? Trump les trompe? Certes, mais s'il leur plaît à eux d'être trompés ? Pascal nous met en garde. Considérons tous avec quelle allégresse nous embarquons dans la nef des fous. Ecoutons-le: "Pour être aimés de nous, les puissants évitent de nous rendre un office qu’on sait nous être désagréable : on nous traite comme nous voulons être traités. Nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe. 
Les électeurs de Trump n'ont pas été trompés. Reste à savoir si lui-même ne se trompe pas sur ce qu'il pourra faire. Il annonce qu'il va supprimer les sanctions anti-Poutine et qu'il veut non seulement garder Guantanamo, mais le remplir à pleins bords. Son conseiller pour la sécurité nationale Mike Flynn recommande aux femmes de renoncer au pouvoir et de ne penser qu'à leurs robes, leurs talons hauts et leur maquillage. Malgré ces propos, certains espèrent que Trump, confronté à la réalité du pouvoir, devienne peu à peu un névrosé ordinaire, quelqu'un qui ne fait pas ce qu'il dit. Parce qu'il ne le veut pas vraiment ou ne le peut pas du tout. Un velléitaire qui n'avait pas de vrai désir de changer les choses, ni les moyens de réaliser ses délires. 
Souhaitons que l'enfant au volant de la première puissance du monde, confronté à des routes difficiles et à un code bornant de règles et de contraintes le narcissisme phallique des conducteurs soit contraint à la prudence. Mais il semble exclu que Trump devienne un président normal et abandonne le langage paranoïaque : moi la vérité je parle, pour celui du névrosé qui ne sait pas ce qu'il dit. Regardons-le tel qu'il est, un roi du divertissement, qui même montré nu, ne connaît pas ce qui nous retient souvent de mal faire: la honte. Face à son narcissisme de mort, espérons seulement que le narcissisme de vie qui anime la démocratie américaine - Démocrates et Républicains confondus - finisse par l'arrêter comme la police arrête un chauffard même s'il a son permis, avant qu'il y ait trop de dégâts. Cela s'appelle impeachment . "Le réel, c'est l'impossible", disait Lacan. Trump va s'y cogner, et vite."

samedi 14 janvier 2017

Clown, ras et risible


Voilà,
comme autrefois lorsque je procédais de façon artisanale avec cutter, papier Canson et photos de magazines : un fond, un gros plan un plan moyen, des diagonales affirmées, et une image sale, sombre et inquiétante. Oui j'ai eu, hier soir, l'envie de faire ça, un truc comme je pouvais en faire à une époque mais il n'y avait pas le goût ni l'odeur de la colle Uhu dans son tube noir. Ce soir j'écoute "Discreet music" de Brian Eno, comme je le faisais alors. Le temps s'écoulait bien différemment, c'est sûr, oui, bien différemment. 

jeudi 12 janvier 2017

Une Histoire de Nuage


Voilà, 
Aujourd'hui encore, j'avais besoin de musée. Celui d'Orsay est un de ceux que je préfère. Je trouve magnifiquement réussie la transformation de cette ancienne gare. Et puis on peut y voir de nombreux tableaux impressionnistes, en particulier des Pissarro (dont une grande rétrospective est prévue pour la fin de l'année) et des Sisley qui m'émeuvent toujours autant. J'ai déjà raconté en d'autres circonstances, l'intérêt que j'éprouvais dans mon jeune âge pour ces peintres et ce mouvement. Après avoir visité l'exposition Frédéric Bazille, un peintre pré-impressionniste qui a côtoyé de près Renoir, Monet Berthe Morisot et les autres impressionnistes, mais qui a vingt-huit ans a stupidement décidé de s'engager comme soldat pour combatte les Prussiens et qui a trouvé la mort dès son premier assaut, laissant à la postérité les prémices d'une œuvre prometteuse qui commençait tout juste à s'affirmer, je suis allé voir les collections du musée. C'était l'occasion de revoir des œuvres découvertes dans ma jeunesse mais d'autres aussi, prêtées par des institutions étrangères pour le trentième anniversaire d'Orsay. Il y avait en particulier un magnifique Monet peint à Venise, prêté par le Musée des Beaux-Arts de San Francisco, et un Braque de 1932 dans les tons bruns, très cubiste. Puis je me suis promené sur les passerelles où j'ai pris quelques images pour obtenir cette vision déformée de l'intérieur du bâtiment.

(....)


En rentrant, j'ai repensé à cette histoire qui m'est revenue en mémoire il y a quelques jours concernant le dernier tableau peint par Braque à Varengeville, intitulé "La Barque échouée", et qui m'avait beaucoup ému lors de la grande exposition qui lui avait été consacrée il y a quatre ans déjà. Il paraît que Braque, quoique affaibli, est revenu pendant un mois vers son tableau le regardant insatisfait, bien qu'il semblât fini. Et puis à un moment il a rajouté, voyageant dans le ciel, un nuage un petit nuage aussi sombre que la barque sur la grève, Puis il est mort quelques heures après. Cette histoire me bouleverse tout comme l'hommage que prononça pour lui Malraux au nom de la France dans la cour carrée du Louvre. Et bien évidemment je ne peux m'empêcher d'établir un lien entre ce nuage noir porté par le vent et cette barque sur ce dernier rivage que Braque a si souvent peint aux derniers temps de sa vie. Peut-être même le nuage est il lui aussi une barque déformée renversée presque semblable à la barque échouée, au point qu'il est possible de penser qu'il s'agit de Braque lui-même dont le nom est l'anagramme de ce qui constitué le titre et le premier plan du tableau. Le peintre a-t-il pressenti sa propre mort et souhaité se représenter dans le tableau ? Lui qui a peint tant d'oiseaux, finit son œuvre en un nuage, un nuage noir dans un ciel orangé que le vent va porter hors du cadre de l'image.

mercredi 11 janvier 2017

Échapper aux mots

Machine désirante
Voilà,
une semaine passée à visiter des expositions m'a redonné envie de travailler la matière des images. Un moment déjà que je ne m'étais livré à cet exercice. L'insomnie de cette nuit a été propice à quelques expérimentations. Des frayeurs me visitent parfois vers trois quatre heures du matin, alors il faut que je m'occupe pour ne pas y songer. J'ai besoin d'échapper aux mots, au langage auquel se heurte la pensée. Je ne peux nommer avec une précision suffisante tout ce qui me traverse à ces heures. Incapable de structurer en un récit cohérent ce que j'éprouve et qui somme toute pourrait tenir en ces deux vers de Racine
 Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne
De quel côté sortir ? D'où vient que je frissonne ?
Donc afin que ces heures durant lesquelles rien de ce qui touche aux mots ne peut ni me secourir ni me soulager, ne soient pas totalement stériles, j'agence je transforme je condense je mixe je sature des photos plus ou moins anciennes. Je procède par découpages et recoupements. Mon attention ne se concentre que sur ça. Je suis libre, je peux divaguer. D'ailleurs ces jours-ci, non seulement je suis incapable d'écrire, mais tenir une conversation m'épuise. Je n'ai pas envie de parler d'expliquer de justifier de me heurter aux phrases de développer un raisonnement. L'être parlant que je suis me semble faux, à côté de la plaque. Même si les images me vouent à une solitude plus grande encore, au moins ont elles l'avantage d'éviter tout malentendu. Et puis elles me donnent l'impression, peut-être illusoire d'une plus grande adéquation à ce que je crois être et ressentir. Elles témoignent plus justement de l´incertitude où je me tiens ainsi que du silencieux tumulte qui parfois m'agite et souvent m'épuise quand se fait attendre une réponse qui jamais ne vient.

lundi 9 janvier 2017

Une Journée oisive


Voilà,
en ce moment je n'ai pas beaucoup d'obligations extérieures. Le travail alimentaire est rare, alors je profite du chômage pour visiter les musées gratuitement. on a encore ce luxe qui à mon avis ne va pas durer longtemps (je veux dire les allocations chômage ET la gratuité dans les musées). La semaine dernière j'ai vu l'éblouissante collection Chtchoutkine (ce nom est vraiment imprononçable) à la fondation Louis Vuitton, l'exposition "The color line" sur l'art Afro-américain au Musée du Quai Branly, le musée Delacroix, samedi l'exposition de Maurizio Cattelan à la Monnaie de Paris, hier le musée Rodin et aujourd'hui l'exposition sur l'art américain des années trente. Cela me change les idées et me tient lieu de voyages. J'ai ensuite longé la Seine, regardant les boîtes des bouquinistes et les péniches en contrebas qui m'ont fait penser à Delphine M. avec qui j'avais à une époque beaucoup marché sur les quais lorsque ses parents envisageaient d'éventuellement en acheter une. Delphine que j'avais perdue de vue et dont j'ai appris la disparition il y a quelques mois par une amie de ce temps-là. Donc au cours de ma flânerie, j'ai pris quelques photo, que je mettrai un peu plus tard en ligne. En particulier, un poster représentant Zappa en Joconde et quelques vieilles couvertures de Charlie, joyeusement irrespectueuses (le problème aujourd'hui, c'est que tu dessines un truc, et c'est immédiatement vu dans le monde entier, grâce ou à cause d'internet).
 J'aime bien traîner sur les quais. C'est une manie que j'ai prise dès que je suis arrivé à Paris, et je ne m'en lasse pas. C'est sur les quais que j'ai acheté, d'occasion mes premiers singles des Beatles et des Stones, trouvé de vieilles éditions poétiques pas cher, et même, bien plus tard le recueil des écrits de Milena Jesenská pour la presse, alors qu'il était épuisé.
J'ai fini par retrouver Luc dans un vieux bistrot avec son comptoir en zinc patiné par les ans, quai des Grands-Augustins, pas loin de l'endroit où Picasso avait son atelier – peut-être s'y est il accoudé – et l'on a passé une paire d'heures à bavarder, buvant du Chinon, en souvenir de "Pointête" son film qu'on avait tourné dans cette région. Et puis à un moment j'ai aperçu ce drôle de client. Bien sûr je n'ai pas pu résister, l'occasion était trop belle et comme disait Jankélévitch ne se représenterait plus. Ensuite, je suis rentré à pieds à la maison. Car il faut bien marcher n'est-ce pas ? Et manger des fruits, des légumes, et des putain de poissons gras...

dimanche 8 janvier 2017

Dans le Parc du Château de Versailles


Voilà,
dans le parc du château de Versailles, les statues qu'on emballe, sans doute afin de les protéger du froid, font penser à des œuvres de Christo. Ce jour là, j'avais eu envie de profiter du soleil pour marcher et changer d'air. C'était quand déjà, ah oui, le dernier jour de Novembre. J'ai simplement eu envie d'avoir un moment de répit. Trop de choses m'effraient, l'avenir est vertigineusement angoissant. De plus en plus d'endroits sombrent dans l'horreur et le chaos. Le château de Versailles avec son parc bien ordonné a traversé plus de trois siècles d'histoire. Oh bien sûr il témoigne de l'absolutisme royal et de la folie des grandeurs. Mais il est là. Il est probable qu'il finira en ruines lui aussi quand il n'y aura plus aucun sens de l'entretenir. Pour l'instant il attire encore de nombreux touristes. Je n'y étais pas retourné depuis plus de 40 ans, depuis cette matinée d'un dimanche de Septembre où Agnès avait pris l'initiative d'un pique-nique au Petit-Trianon. Pourtant ce n'est pas si loin, Versailles. Il faudrait que j'y retourne. Mais il y a encore tant de choses à faire, à finir. La fatigue mange le temps.

mardi 3 janvier 2017

Nombreux sont ceux qui vivent en nous


Voilà,
Nombreux sont ceux qui vivent en nous ; 
Si je pense, si je ressens, j’ignore 
Qui est celui qui pense, qui ressent. 
Je suis seulement le lieu 
Où l’on pense, où l’on ressent. 
Il est plus de moi que moi-même. J’existe cependant 
À tous indifférent. Je les fais taire : Je parle. 
Les influx entrecroisés 
De ce que je ressens ou ne ressens pas 
Polémiquent en celui que je suis.  
Je les ignore. Ils ne dictent rien 
À celui que je me connais : j’écris. 

 Fernando Pessoa 
Les joueurs d'échecs - Odes de Ricardo Reis ( hétéronyme ) - 1935

lundi 2 janvier 2017

samedi 31 décembre 2016

Juste avant


Voilà,
dehors et dedans
mêlés quand tombe la nuit
un doux songe affleure

mardi 27 décembre 2016

Un bruit soudain

Psychopompes

Voilà,
tu dors tu rêves / un bruit soudain / comme celui que fait ton enceinte quand on la connecte par blutooth à un mobile  / cela te semble bizarre ça tient du rôt et du claquement / à peine as tu le temps de comprendre que ton corps a cessé toute fonction /  ton esprit ne se dissipe pas immédiatement il te reste encore un résidu de conscience / tu es tout de même ennuyé à cause du linge sale du désordre du disque dur pas nettoyé / à cause des zones d'ombre des brouillons  / et puis il y a l'amour qui n'a pas été dit pas suffisamment donné les mots imprononcés les malentendus les mécompréhensions / mais on t'attend semble-t-il on veut t'accompagner  / tu penses au trouble au chagrin que tu vas laisser derrière toi / un peu quand même / mais déjà tu te sens comme un papillon libéré de sa chrysalide / l'inconnu t'appelle laisse là les regrets ils n'ont plus lieu d'être / puisqu'il n'y a plus d'être / et c'est comme une révélation / ce n'est ni le vide ni le silence / quelque chose qui dépasse l'entendement et n'exige plus aucune langue  / c'est doux c'est paisible / tu le sens tu le sais désormais tu ne seras plus que voyage et musique et c'est très bien comme ça

vendredi 23 décembre 2016

Magasin de jouets


Voilà,
quand Noël approche, j'ai envie de rester à la maison, de régresser en relisant des bandes dessinées de mon enfance tout en buvant du chocolat chaud, rester au lit, glander.... Manger des fruits exotiques (letchis, fruits de la passion, tamarillos, anones, mangoustans), écouter du vieux jazz avec du vibraphone, Peter Skellern, ou des chœurs de Britten, de Dowland ou bien les vêpres de Rachmaninoff, regarder des comédies musicales américaines, éviter la foule, l'hystérie mercantile


mardi 20 décembre 2016

Alençon et Marcello


Voilà,
j'ai pris cette photo il y a exactement 20 ans. J'étais en tournée avec le spectacle "La cerisaie" de Tchekhov mis en scène par Margarita Mladenova et Ivan Dobtchev, et je crois que c'était notre dernière date avant Noël et la reprise à Paris au théâtre de la cité internationale. Je me promenais dans la grand rue d'Alençon en songeant à Thérèse devenue Sainte Thérèse de Lisieux, mais qui était née dans cette ville et avait été baptisée dans cette église. Parce qu'un jour en feuilletant une revue de photo, je leur avais trouvé une ressemblance, j'ai associé depuis le visage de Thérèse, la première sainte à ma connaissance qui a fait de la photographie à celui d'Agnès. Ce matin là, mes pensées me portaient tour à tour de l'une à l'autre pendant que des hauts-parleurs diffusaient un programme de la radio locale pour les fêtes commerciales de Noël. Lorsque j'ai entendu un flash d'actualité annonçant la mort de Marcello Mastroianni survenue le matin même, j'ai appuyé sur le déclencheur. A ce moment précis j'ai éprouvé un réel sentiment de perte auquel cette image est pour moi définitivement associée.

vendredi 16 décembre 2016

Perspectives constructivistes


Voilà,
certaines perspectives de paysages urbains me saisissent simplement sans doute à cause des lignes, de la géométrie qui s'en dégage. Elle me ramènent à ce moment où à la fin des années 70 j'ai découvert le constructivisme russe qui revenait alors à la mode dans la pub et le graphisme. Ce quartier de Belem au pied du pont qui enjambe le Tage me fascine littéralement et en particulier cet endroit où je suis resté un long moment tant il me semblait irréel, semblable à un décor de cinéma. (Linked with The weekend in black and white)


lundi 12 décembre 2016

Un dimanche après-midi dans le Nord de la France


Voilà,
cette photo prise il y a maintenant dix ans je ne peux la regarder sans une certaine mélancolie. Je trouve pathétique l'image de ce jeune homme jouant devant un parterre de vieux. C'était le 70 ème anniversaire de Christian qui n'était déjà plus très vaillant. Je crois d'ailleurs que je l'ai vu pour la dernière fois à cette occasion. Tout un pan de ma vie s'effritait lentement sans que je puisse y faire quoique ce soit. Je me souviens que la veille un automobiliste fou aurait pu faire un carnage sur la bretelle d'autoroute et avoir alors éprouvé le sentiment de l'avoir échappé belle. Quand j'ai pris cette photo, j'avais la tête ailleurs. La peur - une peur ontologique - qui m'avait, quelques années auparavant, saisi et dont je ne m'étais pas caché, que j'avais extériorisée, nommėe, mais qui tout de même avait été surmontée, puisque je ne m'étais pas défaussé, que je n'avais pas fui, que je faisais face, et que j'assumais mes responsabilités et ce rôle pour lequel je n'étais pas fait, dans lequel je ne m'étais jamais projeté, cette peur on me la reprochait encore cinq ans après, au lieu de reconnaître que je m'étais transformé. Et là j'en avais ras le bol. Ailleurs je redevenais désirable, sans qu'on ne me reproche rien. Si j'avais été capable de jouer de la guitare comme ce jeune homme, j'aurais alors interprété "Hey bulldog" des Beatles juste pour la phrase "you don't know what it looks like to face to your fears"